Il est 9h, j’arrive au bureau. Première chose : les mails. Il y en a toujours trop, et une bonne partie concerne des sujets que je vais retrouver en réunion deux heures plus tard. Je jette un œil à l’agenda du jour, je repère les réunions qui vont demander de la préparation, et je vais me chercher un café. Sans le café, rien ne démarre vraiment.
Ensuite je prépare. Je relis les derniers échanges sur chaque sujet, j’ouvre les documents partagés quand il y en a. Puis les réunions s’enchaînent, deux à trois heures dans la matinée en général. On passe en revue les tâches dans Planner ou dans Jira, on regarde le budget pour savoir combien de jours on a consommés et combien il en reste, on fait le point sur les tests, sur les API, sur tout ce qui avance ou qui bloque.
L’après-midi, je rédige les comptes rendus pour tous les participants, je suis les cas support qui tombent au fil de la journée pour vérifier qu’ils sont bien traités, et je travaille sur la cartographie des flux avec le comité d’architecture. Voilà pour le décor. Avant Epitech, je ne pensais pas que ce métier pouvait être aussi éprouvant. Dans le bon sens du terme : je n’aime pas m’ennuyer, et là, impossible de s’ennuyer.
Mais ce n’est pas de ma journée type que je veux parler aujourd’hui. C’est d’un truc que personne ne m’avait demandé de faire.
Le manque que j’ai fini par voir
À force d’enchaîner les réunions de suivi, j’ai remarqué quelque chose. On avait Planner pour les tâches, des fichiers pour le budget, des mails pour le reste. Mais aucun endroit où voir l’état d’un projet en un coup d’œil. Chaque fois qu’il fallait répondre à la question « on en est où ? », quelqu’un devait aller fouiller dans trois outils différents et reconstituer la réponse à la main. Ça marchait, mais ça prenait du temps, et surtout ça ralentissait les décisions.
Personne ne s’en plaignait vraiment. C’est ça qui est piégeux : quand un manque existe depuis toujours, plus personne ne le voit. Moi je le voyais parce que j’étais celui qui passait son temps à reconstituer l’information.
Apprendre le DAX un soir de semaine
J’avais quelques bases en Power BI, de quoi faire des visuels simples. Alors je me suis lancé : un dashboard branché sur les données de Planner, pour suivre l’avancement du projet en cours sans avoir à ouvrir dix onglets.
Très vite, j’ai touché mes limites. Les visuels de base ne suffisaient pas, il me fallait des mesures personnalisées, et pour ça il fallait du DAX. Je ne savais pas en faire. J’ai appris en construisant, une mesure à la fois, en cherchant, en testant, en cassant, en recommençant. Ce n’est pas la méthode la plus glorieuse, mais c’est celle qui fonctionne quand personne autour de toi ne peut te former.
Quand le dashboard a été prêt, je l’ai montré à mon manager. Il a bien aimé, il m’a félicité, et surtout il me demande aujourd’hui de le tenir à jour régulièrement. Ce dernier point est le vrai indicateur. Un outil qu’on te félicite d’avoir fait puis que tout le monde oublie, ça ne compte pas. Un outil que ton manager réclame, c’est un outil qui a trouvé sa place.
Ce que ça m’a appris sur le métier
Si je devais résumer ce que cette histoire m’a appris, je dirais ceci. Dans ce genre de structure, l’autonomie n’est pas une qualité bonus, c’est le cœur du poste. Personne ne viendra te dire « tiens, il nous manque un outil de pilotage, construis-le ». Le besoin est là, invisible, et il attend que quelqu’un le ramasse.
La prise d’initiative, c’est exactement ça : ramasser un problème que personne ne t’a confié. Le risque existe, ton dashboard peut finir aux oubliettes. Mais même dans ce cas tu auras appris quelque chose, moi j’ai appris le DAX, et cette compétence me suit maintenant partout.
Et puis il y a la synthèse. C’est peut-être la compétence la plus sous-estimée du PMO. Mon dashboard ne fait rien de magique, il prend des données qui existaient déjà et les rend lisibles. Tout mon métier tient là-dedans : transformer du bruit en information sur laquelle on peut décider.
Si tu es PMO junior et que tu passes ton temps à reconstituer la même information pour les mêmes personnes, tu tiens probablement ton premier vrai projet personnel. Pas besoin d’attendre qu’on te le demande. C’est même mieux si personne ne te le demande.
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